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Fantastique victoire

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Liverpool affole les stats
Cette incroyable finale n'a eu qu'un défaut : son sort s'est joué aux tirs au but, comme semble le vouloir une tradition tacite née avec Bayern - Valence en 2001, perpétuée, depuis, à chaque année impaire. Liverpool est revenu aux affaires avec un panache dont lui seul était capable. Vingt ans après le drame du Heysel, le club de la Mersey a remporté sa cinquième Ligue des champions (après 1977, 1978, 1981 et 1984), en mettant au pas un très grand Milan AC, qui se demande encore comment cette finale a pu lui échapper. Aussi brillants que furent les Italiens au cours d'une première période trop parfaite, ils n'ont rien pu contre la bravoure illimitée des Scousers, comme la Juventus et Chelsea en quart et en demi.
Le cinquième du Championnat anglais peut se proclamer roi d'Europe et ne devrait pas pouvoir défendre son titre la saison prochaine. Ce n'est pas le dernier des paradoxes de cette compétition qui a fêté son demi-siècle d'existence par un spectacle d'une qualité exceptionnelle, et qui semble revenue sur de bons rails depuis le retours aux huitièmes de finale à élimination directe la saison dernière. Jamais une équipe n'avait remonté trois buts d'écart à ce niveau de la compétition. Jamais, non plus, six buts n'avaient été inscrits du même côté du terrain lors d'une finale. Et malgré tout le respect dû à l'immense Milan AC, il n'y a que Liverpool pour rendre possibles des moments de ce genre : sa finale de Coupe de l'UEFA en 2001, contre Alavès, restait le moment le plus dingue de la décennie, toutes coupes d'Europe confondues (5-4). Rien n'était impossible pour ce Liverpool-là, qui a trouvé ses nouveaux héros en Dudek, Hyppiä, Carragher et autres Gerrard.

Les trois premiers quarts d'heure furent pour Milan (3-0), le quart d'heure suivant pour Liverpool (3-3), et la dernière demi-heure pour les spectateurs, tremblottants d'émotion à l'idée que tout cela pouvait connaître une prolongation, et déjà déçus à l'idée qu'il y aurait un vaincu. La finale d'Istanbul, disputée dans le cadre improbable d'un stade Atatürk comme tombé du ciel sur la banlieue stambouliote, a été grande car les deux équipes ont donné ce qu'elles avaient de mieux à offrir. En première période, c'est le meilleur Milan AC qui a récité son football : un jeu collectif brillant, des individualités au top (Kaka, Shevchenko, Nesta, Pirlo), un réalisme irréprochable et une gestion du temps à démoraliser tout maître tacticien. Le symbole s'en est même mêlé : c'est le grand Paolo Maldini, septième finale au compteur, qui ouvrait la marque à la 57e seconde, pour le but le plus rapide d'une finale de C1 depuis Real Madrid - Reims en 1959 (2-0). Assommé d'entrée, Liverpool fit alors l'étendue de ses limites, au moins sur le plan du jeu. Manquant de présence et de réussite, les Reds tombèrent dans un fossé d'impuissance sur un doublé de Crespo, servi d'abord par Shevchenko côté droit (38e) puis par Kaka, soliste extraordinaire qui venait de déposséder Gerrard d'un ballon précieux (42e). Milan tenait sa septième coupe. Que penser d'autre à ce moment-là ? Il est même probable que Carlo Ancelotti, heureux comme un gamin dès le deuxième but, n'envisageait rien d'autre. C'était admirable, mais encore en-deçà du moment qui allait suivre.

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Six minutes de folie
Au retour des vestiaires, les Reds décidèrent à leur tour d'être dignes d'une finale. Et là, la tornade dura un quart d'heure. Liverpool a-t-il mieux joué qu'en première période pour réussir l'impensable, recoller au score, en seulement six minutes ? Ce n'est même pas dit, même si le 3-3 acquis à l'heure de jeu remit naturellement tout le monde au même niveau sur le plan de la confiance, de l'audace et de la rigueur. A la mi-temps, à 0-3, les 40 000 supporters de Liverpool avait encore assez de foi pour arroser le ciel stambouliote de leurs chants bouleversants. Ils ont dû parvenir aux oreilles des joueurs sans brouiller le message de Benitez. Ce qui n'avait pas marché plus tôt dans le match trouva soudain son sens. Premier centre, et tête gagnante de Gerrard (54e) ; premier petit boulevard abandonné, même loin du but, et Smicer giflait idéalement son ballon pour le propulser au fond des filets de Dida (56e) ; premier contre allant au bout de son idée, et Liverpool obtenait un penalty transformé en deux temps par Xabi Alonso (60e). L'incroyable avait eu lieu : ce Milan en acier trempé s'était fait rejoindre comme un quelconque Paris-Saint-Germain contre La Corogne en 2000. Il l n'alla pas jusqu'à encaisser le quatrième but. Le jeu s'équilibra, et si aucun but ne fut inscrit dans la dernière demi-heure du temps réglementaire, les deux grands d'Europe se rendaient maintenant coup pour coup. Le match s'est terminé comme il aurait dû commencer : intense mais chiche en authentiques occasions, entre deux équipes qui se craignaient beaucoup.

Chaque camp eut ses actions à ressasser tout une nuit : un manqué de Tomasson de près face à Dudek (100e), un mauvais choix de Djibril Cissé sur un contre prometteur de Liverpool (110e). Et des deux côtés, des centres tendus seulement poussés du regard. Enième tournant du match à la 118e minute : Shevchenko, à bout portant, se heurtait deux fois à un Jerzi Dudek digne de Gordon Banks en 1970. Même le ralenti ne percera jamais l'épais mystère de ce doublé arrêt incroyable. Il mit le Polonais sur de bons rails avant la loterie finale. Virevoltant sur sa ligne face aux tireurs Milanais, il dévia les ballons de Pirlo et Shevchenko, après que Serginho eut raté le sien d'entrée. Malgré un échec de Riise, Liverpool saisit son destin sur les tirs réussis de Hamann, Cissé et Smicer. Djibril Cissé, réclamé à la mi-temps par le public, était entré à la 85e minute. Depuis Zidane en 2002 avec le Real Madrid, aucun Français n'avait remporté la Ligue des champions. Sept mois après une fracture tibia-péroné qui devait ruiner sa saison, Cissé, absolument intenable avant la remise du trophée, est à lui seul une success story au sein de l'aventure du Liverpool FC. Quoi qu'il arrive désormais, Liverpool sera associé à cette idée que le sport est beau, que tout est possible, que la mort semée il y a vingt ans au Heysel était un pur scandale. Le football en était aussi la victime, et non la cause. Après des matches comme ça, après cinquante ans de coupes européennes, ça fait un bien fou de le dire. Encore !

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LES JOUEURS DE LIVERPOOL
DUDEK : Crucifié dès la première minute par Paolo Maldini, il n'eut pas grand-chose à se reprocher sur les autres buts milanais. La confiance revint par la suite. Il réalisa même un double miracle, sur sa ligne, à la 118e minute.
FINNAN : Une première période cauchemardesque, il fut mis en difficulté par Crespo à de très nombreuses occasions. Remplacé par Hamann à la pause (46e).
CARRAGHER : Il n'a pas renouvelé la magnifique performance accomplie à Stamford Bridge. Il faut l'associer à la défaillance générale de la défense centrale de Liverpool.
HYYPIÄ : Le «grand blond» a retardé le naufrage des 45 premières minutes sans toutefois le stopper. La suite fut plus tranquille et... plus efficace.
TRAORE : Sa première faute a coûté cher à Liverpool. Par la suite, ses relances hasardeuses mirent souvent la défense des Reds en difficulté. Il évita à son équipe d'encaisser un quatrième but par une intervention sur sa ligne (70e).



LUIS GARCIA : En première période, il a souvent tenté sans connaître la réussite. La suite fut meilleure pour lui, à l'image du formidable premier quart d'heure de la seconde période.
XABI ALONSO : Comme tous ses coéquipiers, sa prestation de la seconde période fut d'un tout autre niveau.
KEWELL : L'invité de la dernière minute, sur un choix tactique hasardeux de Benitez, n'est resté que 23 minutes sur le terrain, remplacé par l'ex-Lensois Smicer.
SMICER : Son but, le deuxième des Reds, eut le mérite de relancer totalement la partie. Il devint un danger permanent pour le Milan AC.
RIISE : Peut-être le seul joueur de Liverpool à être passé à côté du naufrage de la première période. Un des joueurs les plus en vue, une satisfaction.
GERRARD : Inexistant en première période, il permit à Liverpool de revenir dans une partie qui semblait perdue. L'une des déceptions du début de cette finale, il a retrouvé des couleurs par la suite.
BAROS : Bien seul à la pointe de l'attaque des Reds, il eut le mérite de beaucoup tenter, mais il était fui par la réussite. Remplacé par Cissé (85e).

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